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Les FabLabs, simples ateliers de fabrication ?

mardi 15 novembre 2016, par Emmanuelle Roux

Article originellement publié sur Medium

Jour après jour l’occasion m’est donnée de venir ici et là témoigner du mouvement FabLabs, de l’origine de ces lieux, de leurs intentions. Presque partout, le même constat : les FabLabs sont perçus comme de simples ateliers de fabrication. Ainsi, par exemple, la définition du Petit Robert 2017 :

FABLAB n. m. (mot anglais, de fabrication laboratory « laboratoire de fabrication ») anglicisme. Atelier mettant à la disposition du public des outils de fabrication d’objets assistée par ordinateur. Des fablabs.

Ils sont pourtant tellement plus !

En voici une autre définition possible :

FABLABS n. m. pluriel (mot anglais, de fabulous laboratories “laboratoires fabuleux”) anglicisme. Lieux entre autre équipés d’outils de prototypage et de fabrication numérique. Ouverts à tous, ils proposent de venir apprendre, créer “presque tout et n’importe quoi” et partager. Les FabLabs invitent au “Do It with Others” (fais-le avec les autres)

Les FabLabs sont pluriels. Ils n’existent pas seuls ; ils forment un réseau ; ils sont une manifestation physique du réseau internet.

Ils proposent de s’associer mondialement autour de valeurs communes et démocratisent localement des capacités de production jusqu’ici réservées aux professionnels ou aux industriels. Tout comme le web a permis à chacun de publier, de partager, de diffuser ses idées, les FabLabs nous apportent la possibilité de fabriquer, d’expérimenter, de prototyper, de démontrer. Simplement de matérialiser nos idées, de les rendre réelles.

Sortir du rêve et devenir acteur. Ne plus se sentir en incapacité : pouvoir faire grâce aux machines mais aussi en mutualisant le savoir-faire, les plans en open-hardware, des codes ou encore des contrats par exemple, en open-source.

Les FabLabs créent donc un espace où penser et expérimenter ensemble d’autres modèles :

  • d’éducation en explorant le “learning by doing” [NDLR : apprendre en faisant] et les communautés apprenantes,
  • d’organisations fluides et transverses en expérimentant la posture de facilitateur et en invitant à devenir contributeur,
  • de production en accompagnant les mutations liées à la fusion des “bits and atoms qui revisitent les rapports entre physique et numérique, entre produits et services, entre producteurs et consommateurs : personnalisation, fabrication à la demande, objets connectés, circuits courts de production, …
  • de relations économiques, telles que l’économie contributive, les monnaies complémentaires, la mutualisation des compétences, …

Si les raisons d’entrer dans un FabLab pour la première fois sont diverses et se réduisent parfois à l’envie de trouver un outil particulier, le plus souvent ceux qui reviennent le font pour d’autres raisons :

  • être libres d’expérimenter, prendre plaisir à se tromper, se savoir le droit de recommencer
  • bénéficier de ressources et de compétences mutualisées
  • partager, apprendre des autres, apprendre bien entendu en faisant.
  • partager simplement un morceau de gâche, un café, croiser des regards, créer des liens
  • faire ensemble, échanger, débattre avec bienveillance pour interroger et repenser les liens entre technologie, société et vivre ensemble.

Les FabLabs permettent donc de défricher d’autres choix possibles de société et favorisent l’innovation sociale, pédagogique ou encore technologique. Ils invitent à gagner la capacité de s’engager, d’influer, d’agir ; à choisir de ne pas subir les mutations en cours mais de construire le monde à venir.

Pour finir, voici la définition que j’aimerais retenir :

FABLABS n. m. pluriel (mot anglais, de fabulous laboratories “laboratoires fabuleux”) anglicisme. Lieux équipés d’outils de prototypage et de fabrication numérique. Ouverts à tous, ils proposent de venir apprendre, créer “presque tout et n’importe quoi” et partager. Ils invitent au “Do It with Others” (fais-le avec les autres) et permettent de prototyper d’autres modèles possibles de production, d’organisation ou encore d’éducation. Ils contribuent à réinventer la société.

Qu’en dites-vous ?