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Makers contre coronavirus : coup d’oeil dans le rétroviseur

mercredi 29 avril 2020, par Hugobiwan

La semaine dernière à été doublement marquée par une exposition nationale des actions des makers contre le coronavirus en coeur de crise (de mi-mars à maintenant), et par des rencontres d’envergure nationale.

Mardi 21 avril se tenait une passionnante rencontre avec tous les référents régionaux du Réseau français des Fablabs, très bien préparée par eux avec Alexandre Rousselet et le coordinateur de notre Conseil Scientifique, Matei Gheorghiu.

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Objectif : écouter les expériences de terrain de la Bretagne à la Guyane, commencer à quantifier et à qualifier les actions. Ces échanges passionnants (nous étions 25 en ligne) ont permis de partager, d’essayer de comprendre et faire le point sur les différents freins et succès dans les territoires ayant dû faire face par tous les moyens au manque d’équipement de soignants, de professionnels, ou des personnes dans la société civile. Ils dessinent une mire d’expériences trés créatives et plutôt à l’échelon régional, démontrant l’opérationnalité de la fabrication distribuée, mais aussi des problèmes de coopérations entre acteurs (voir l’analyse de Mme Berrebi-Hoffman ou cette interview dans Décideurs Publics.).

La parution, la semaine précédente, de notre Communiqué de presse, puis de l’édito de makery sur l’action des makers et la place de la fabrication distribuée dans le coronavirus commençant à développer un intérêt plus large, mais toujours sans véritable échange avec des organismes d’État, (par exemple la DGA sur la certification des dispositifs médicaux). Nous avons alors publié une tribune publique, diffusée dans l’Humanité et Usbek et Rica. Elle rappelle l’envergure des actions et demande une large reconnaissance des forces de la fabrication distribuée (notamment les bénévoles assemblés dans les groupes Facebook).

La reprise de cette tribune par ces deux médias puis l’article du journal Le Monde sur l’action des makers contre le coronavirus ont semblé élargir la cible et l’écoute. Avec des lignes de fuite pour l’après : si cela marche pour le coronavirus, pourquoi pas pour d’autres solutions à mettre en œuvre, par exemple pour faire face à d’autres problèmes critiques ?

A partir de mardi 21 avril, le Réseau français des Fablabs a bouleversé quelque peu son agenda (cela devient une habitude 😀) pour participer à plusieurs rencontres au niveau national, les invitations apparaissant aussi miraculeusement et rapidement que les fleurs sur les branches des cerisiers de printemps.

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D’abord une invitation de Patrick Levy-Waitz, président de France Tiers-lieux, pour échanger sur la suite de la crise, les solutions ayant émergé et ce qui serait mutualisable au delà des fablabs.

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Puis une audition de Simon Laurent, Hugues Aubin, Constance Garnier (Conseil scientifique, Covid-initiatives), et Matei Gheorghiu avec les députés Eric Bothorel et Laure de La Raudière, entretien préparatoire à la session initialement prévue sur le numérique le 28 avril à l’assemblée nationale.

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Cet échange portait sur trois questions : Comment le cœur de crise a-t-il été vécu dans et autour des acteurs de la fabrication distribuée et des fablabs ? Ces acteurs ont-ils été entendus ? Quelles limites pour toucher les secteurs en demande ?
Dans la droite ligne des historiques décrits dans notre courrier au Président de la République et des tribunes précitées, nous avons témoigné des grandes difficultés de la période du 16 mars au 23 avril, puis tenté d’apporter un premier regard panoramique national suite à la rencontre des référents régionaux.

Dans la foulée, nous étions (par surprise, mais une bonne surprise) pour la première fois invités à une réunion avec l’AFNOR le vendredi 24/04. Objectif : aboutir, comme pour les masques en tissu, à un référentiel d’auto-évaluation souple permettant une pluralité des acteurs et modes de fabrication dans le respect de règles de bon usage et de matériaux.

Nous avons pu faire entendre, avec notamment des personnes que nous avons associées comme Yann Marchal (Makers contre le covid) l’expérience de la crise et la nécessité de référentiels socles adaptés à une fabrication distribuée multi-modale (par exemple par des bénévoles, fablabs, PME, industriels), pas seulement jusqu’au 11 mai et par le biais d’un processus réplicable quand de nouveaux objets utiles sont numériquement disponibles. Nous avons aussi accepté d’apporter notre aide à cette démarche et partagé avec les personnes présentes (dont le directeur général de l’AFNOR, M. Olivier Peyrat) notre accord pour recruter des bénévoles et participer aux travaux.

En parallèle, nous avons rassemblé plusieurs tribunes sœurs portant sur les communs pour préparer un vote de soutien du Réseau français des fablabs et lancé un nouveau groupe d’action commun autour de l’Afrique avec le Réseau francophone de l’Afrique de l’ouest, et le réseau Bretagne Solidaire : Makers Nord-Sud contre le coronavirus.

Et bien entendu, l’équipe de formidables bénévoles a continué le travail de soutien et l’animation des canaux en ligne de la communauté grâce à l’apéro Maker, et au Minitel du Faire, tout en poursuivant notre collaboration avec les plateformes que nous soutenons : Covid-initiatives et Fabricommuns.

Il semble que la fabrication distribuée, ses attributs (partage des plans d’objets dans le bien commun, fabricabilité, diversité des acteurs en action, sur-cyclage des circuits PME, transports, etc), et les écosystèmes de crise territoriaux (coordinations ou non, avec des bénévoles et des entreprises, avec ou sans soutien public local), soient une des forges de solutions nouvelles pour “reprogrammer” des ressources, matérielles ou non, dans des objectifs communs, quand ceux-ci ont du sens (par exemple sauver des vies) et puissent même déboucher sur des “circuits” systémiques (par exemple entre recherche ouverte, certification, fabrication, transport, etc). Des modèles sociaux-économiques se forgent également à grande vitesse (Usine partagée, Usine invisible…).

Nous espérons que cette dernière semaine d’avril permettra des avancées pour faciliter les actions de toutes les bonnes volontés et acteurs qui doivent faire face au déconfinement et à une déferlante de demandes notamment sur le front de l’équipement de salariés s’apprêtant à reprendre le travail, mais aussi sur la recherche et développement, et la poursuite des actions d’urgence, maintenant que ces processus ont prouvé leur efficacité.

Rendez-vous cette semaine dans l’Apéro[Ma]Ker pour venir nous rencontrer et partager projets et expériences de cette semaine, qui est au moins aussi riche !