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Compte-rendu de l’intervention à l’Assemblée Nationale – Séminaire sur le « Tiers Secteur de la Recherche »

N.B. : Ci-dessous nous reprenons le texte lu par Matei Gheorghiu, Coordinateur du CS – RFFLabs à l’Assemblée Nationale le 21 janvier 2020 lors du séminaire organisé pour exposer aux députés les revendication de divers acteurs du « Tiers secteur de la recherche » en vue de la préparation de la Loi de Programmation Pluriannuelle de la Recherche (LPPR). La consigne des organisateurs était d’exposer, en 4 minutes, l’identité professionnelle de l’intervenant (d’où on parle), le fondement de sa légitimité (pour qui je parle) et quelques idées fortes représentant les objectifs de son organisation. 

Bonjour à tous,

Je voudrais tout d’abord remercier les organisateurs, les participants, ainsi que Mesdames et Messieurs les Députés pour le temps, les efforts et l’attention consacrée au tiers secteur de la recherche et à ses représentants.

Je me présente, je suis Matei Gheorghiu, enseignant chercheur à l’université de Caen, également chargé de recherche dans une TPE bureau d’études, et en même temps coordinateur du Conseil scientifique du Réseau français des Fablabs. Autrement dit, j’ai un pied dans les trois secteurs dont nous discutons aujourd’hui.

Je parle ici au nom du Conseil scientifique du Réseau franças des Fablabs : notre association représente aujourd’hui plus de 150 lieux d’innovation technique mais aussi sociale en réseau. On y produit des prototypes, on y pratique des essais techniques, on y invente de nouveaux objets qui répondent aux besoins situés des membres de l’écosystème. On y invente aussi de nouvelles manières d’apprendre, de produire et plus largement de travailler, dans la mesure où ces lieux (souvent intégrés dans des tiers-lieux) sont ouverts à tous, accueillent des publics de tous âges, conditions sociales et origines géographiques, qui se rencontrent et construisent de nouvelles manières de faire ensemble.

Ces lieux sont donc non seulement des ateliers de fabrication locale, ce sont aussi des lieux de professionnalisation et de reconversion professionnelle, de socialisation favorisant la résilience de l’ensemble du tissu social, enfin, grâce à leur organisation en réseau, des caisses de résonance rendant visibles les projets et les talents locaux à une plus grande échelle et permettant inversement de bénéficier de la solidarité, des connaissances et des compétences du réseau situées à des endroits éloignés lorsque le besoin s’en présente.

Cette particularité n’a pas échappé au monde universitaire, qui s’intéresse de plus en plus à nos activités, comme en témoignent les nombreux questionnaires et demandes d’enquêtes que nous pouvons régulièrement recevoir. Nous proposons donc, plutôt que d’être pris pour des simples objets de recherche, de nouer de partenariats pour élaborer ensemble les méthodes adaptées à l’étude de ces phénomènes émergents. Un des modes possibles de financement du
fonctionnement de ces lieux est de permettre aux chercheurs qui s’y investissent de comptabiliser ce temps d’animation comme un temps de recherche-action (dont le caractère public sera garanti par l’exigence de documentation open source qui règne dans ces espaces).

Aujourd’hui, après plus de 10 ans d’existence (les premiers fablabs ont été montés en France à la fin des années 2000), le réseau a besoin et revendique plusieurs choses :

Tout d’abord, la reconnaissance du travail réalisé, des services rendus à la collectivité et du capital social, technique, épistémique et culturel ainsi accumulé : les accomplissements sont nombreux, à la hauteur des investissements personnels réalisés, et il suffit d’un petit effort de structuration supplémentaire pour que leurs bienfaits puissent profiter au plus grand nombre.

En second lieu, nous attirons l’attention des représentants des institutions publiques et privées et plus largement des financeurs potentiels sur un principe capital : les bénéfices que la société tire de l’existence de ces lieux en réseau ne se mesurent pas, dans l’immédiat, selon les principes marchands classiques. L’écosystème n’a pas atteint un niveau de structuration suffisant pour qu’on puisse le penser comme un marché. La plupart des expériences qui ont basé leur mode de fonctionnement sur un modèle marchand ont d’ailleurs déposé le bilan.

Par ailleurs, la mise en concurrence par le biais d’appels d’offres contrevient au principe de fonctionnement de ces lieux, en open-source et en réseau : ces lieux ne doivent pas être mis en concurrence mais en « coopétition », plutôt sur le modèle des clubs sportifs que des entreprises dont l’objectif serait de croître en avalant ou en filialisant les concurrents. Les Fablabs doivent mailler tout le territoire, et éviter une organisation en filiales qui ferait courir le risque d’une standardisation et d’une perte du potentiel innovant de ces lieux.

Il faut bien entendu rationaliser les dépenses et ne pas construire sur du sable, mais avec une véritable vision à long terme de ce que ces espaces représentent comme perspectives sociales et économiques. Un maillage fin du territoire par des espaces de fabrication numérique permet à moyen terme de relocaliser partiellement la production, de revaloriser les compétences techniques et le travail manuel et de garantir la formation des nouvelles générations en ces
matières, de favoriser le développement de circuits courts, etc.

Pour réaliser ces objectifs, il faut favoriser le financement des ressources humaines plutôt que celui des machines, les premières pouvant créer les secondes et pas l’inverse. Différentes solutions existent et font l’objet de propositions dans les documents édités par notre association, ou de discussions avec les institutions avec lesquelles nous interagissons.

Il est possible aussi de s’appuyer sur des expériences innovantes comme ce qui a été fait par le RFFLabs en partenariat avec le CNES, l’initiative « Open Space Makers », permettant de coordonner et de rendre visible les initiatives isolées, parfois dispersées sur le territoire, de nombreux talents investis dans la recherche spatiale amateure ou semi-professionnelle.

Merci pour votre attention,