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Contribution du RFFLabs aux travaux de l’Observatoire National du Commerce et de l’Artisanat

Le Réseau Français des FabLabs a été auditionné dans le cadre de l’Observatoire National du Commerce et de l’Artisanat organisé par l’association d’élus et de parlementaires Centre-Ville en Mouvement, car nous [centre-ville en mouvement] considérons que les FabLabs en apportant de nouveaux types d’activités peuvent contribuer à dynamiser les centres-villes, à y faire revenir de l’activité et du lien. Voici une transcription de notre intervention.

Ont participé à cette audition, outre le RFFLab, La Quincaillerie Numérique, l’Atelier des Beaux-Boulons et Artilect, qu’ils en soient remerciés.

Description

Un FabLab est un LABoratoire de FABrication ouvert à tous publics, sans conditions. Selon le statut juridique du fablab, il y peut y avoir un éventuel coût d’adhésion ou d’achat de matériaux. Chacun peut venir expérimenter, apprendre ou fabriquer par lui-même tout type d’objet (prototype technique, meuble, vêtement, objet artistique ou design, objet interactif, jouet, etc.). Pour cela chaque personne peut venir utiliser les différentes machines du FabLab, apprendre des autres personnes ou participer aux différents projets collectifs. Les FabLabs adhérent à la charte de la FabFoundation.

Verbatim

« Les FabLabs créent du lien social entre les gens, qui souvent ne se seraient pas rencontré autrement, et sont un outil au service de toutes les parties prenantes des centres-villes : associations, commerçants, professionnels, municipalité, citoyens, étudiants, retraités etc. ».

Constats

Les FabLabs sont avant tout un lieu où créer du lien entre personnes : ce sont des espaces participatifs, où l’on partage son savoir et ses questionnements, où l’on apprend à faire soi-même, avec l’aide des autres.

Responsabilités et devoirs des usagers

La charte des FabLabs donne trois responsabilités (ou devoirs) aux usagers du lieu : « ne blesser personne et ne pas endommager l’équipement ; aider à nettoyer, maintenir et améliorer le Lab ; contribuer à la documentation et aux connaissances des autres », mais c’est une erreur grave de résumer ces lieux aux seules machines qu’ils mettent à disposition des usagers. Ce sont avant tout des lieux où l’on vient pour découvrir, pour fabriquer un objet ou pour apprendre l’usage d’une machine, et où l’on trouve de nouvelles relations, de nouvelles idées, de nouvelles connaissances.

C’est un lieu de vie, un type de Tiers-Lieu, dont les règles de fonctionnement poussent à l’extrême à l’interaction entre personnes, à l’échange, au partage entre ses usagers. C’est un lieu qui est construit par et pour les personnes qui l’utilisent, et chaque FabLab est différent des autres FabLabs dans son fonctionnement, son équipement, ses buts et ses moyens.

Aujourd’hui, les Fablabs sont des lieux d’expérimentation de nouvelles relations qui remettent en question les séparations établies entre sphère publique, sphère privée, loisirs, travail rémunérateur et engagements associatifs. À ce titre, il est important de ne pas cristalliser de définition pour laisser aux formes émergentes qu’ils abritent le temps de se développer à leur rythme, en invitant l’ensemble des parties prenantes à y participer tout en évitant toute appropriation de la dynamique par des intérêts privés ou partisans.

Un lieu en adéquation avec les besoins locaux

La création d’un FabLab, ou d’un Tiers-Lieu en général, doit donc se faire en concertation avec toutes les parties prenantes qui utiliseront le lieu : les habitants, les usagers de la ville (travailleurs, étudiants, retraités, demandeurs d’emploi), les commerçants, les associations, la municipalité… Cette concertation permettra de construire un espace en adéquation avec les besoins exprimés ou découverts et les ressources existantes ou pouvant être générées localement.

Un modèle économique fragile et qui reste à trouver

Le modèle économique d’un lieu comme un FabLab est toujours difficile à trouver, puisque le lieu met à disposition des usagers quasiment gratuitement des machines coûteuses à l’achat et parfois à l’entretien, sans parler des éventuels frais de personnel. Différents modèles coexistent aujourd’hui. Certains FabLabs sont des lieux de mise à disposition par des entreprises de leur parc de machines, d’autres se financent via l’offre de services de fabrication pour des particuliers ou des entreprises (« faire faire » au lieu de « faire soi-même »), d’autres encore adossent le FabLab autour d’un Café (concept de Fab Café) ou d’un espace de co-working.

Un élément central est commun à tous ces modèles : un FabLab ne se pense pas comme une entreprise fournissant en priorité des services en échange d’une rétribution mais avant tout comme un lieu d’échanges et d’apprentissages collectifs.

Certains FabLabs sont amenés à facturer à leurs usagers l’utilisation de certaines machines, en fonction de coûts de fonctionnement et de leur mode de financement. En raison de la diversité des situations et de la nature innovante de ce type d’organisation émergente, il nous semble important de laisser la possibilité à différents modèles d’être expérimentés, tout en assurant un suivi et une documentation des expériences. À terme, cela devrait permettre à l’ensemble des acteurs de bénéficier d’un retour documenté sur ces expériences et de pouvoir ajuster leurs pratiques au vu de ces connaissances.

Propositions

Un salarié de la mairie ou de l’intercommunalité pour faire l’analyse fine des besoins locaux

Chaque tiers-lieu, a fortiori chaque FabLab, s’inscrit dans l’écosystème local et répond à un ou plusieurs besoins locaux. L’analyse fine des besoins et l’implication d’un maximum d’acteurs dans la construction et la conduite du projet est un travail de longue haleine très consommateur en temps. Les communes ou intercommunalités ont les moyens de détacher/financer un salarié pour faire ce travail, salarié qui pourra ensuite devenir le concierge du lieu, c’est à dire l’animateur de la communauté, celui qui facilite la création de liens et l’apport de ressources locales à un projet. Il sera un coordinateur et une personne avec une connaissance fine et approfondie de l’écosystème qui profite de la présence du tiers-lieu.

Une implication et une ouverture des services techniques vers les citoyens

Les services techniques municipaux font un travail déterminant mais souvent méconnu des habitants. Leur implication dans le FabLab, tant par l’utilisation des machines disponibles que par leur participation aux projets des usagers et la transmission de leurs connaissances serait un excellent moyen de décloisonner les services techniques des habitants de la ville, tout en leur apportant de nouvelles possibilités de réalisations.

Étendre le mécénat aux structures de type FabLab

Le modèle économique des FabLabs reste à trouver, mais un levier puissant et qui nous fait encore défaut est le mécénat/don (article 238 bis du code général des impôts), qui permet de déduire des impôts sur le revenu 60 % des dons versés à la structure. Les FabLabs ont le malheur d’être sur plusieurs thématiques différentes, de manière non exclusive : « organismes d’intérêt général ayant caractère […] éducatif, scientifique, social, humanitaire […], culturel ou concourant à la mise en valeur du patrimoine artistique, à la défense de l’environnement naturel ». La possibilité d’émettre des reçus fiscaux est donc régulièrement refusée.

Permettre aux CCAS, écoles, maisons de retraite, hôpitaux… de faciliter l’utilisation du lieu par les personnes qu’ils accueillent

La mairie ou l’intercommunalité gère directement ou indirectement de nombreux services à destination de la population, notamment des services sociaux ou éducatifs. Ces services pourraient inclure dans leurs projets l’utilisation par les bénéficiaires du FabLab local, soit de manière dirigée autour d’un projet prédéfini (par exemple pour apprendre à utiliser les machines du lieu – rappelons par exemple que la modélisation 3D est au programme de technologie du collège), soit de manière libre (par exemple, le CCAS ou la maison de retraite pourrait permettre aux bénéficiaires d’utiliser le FabLab pour réparer ou fabriquer des meubles, des objets utilitaires, des jouets…, en payant pour le bénéficiaire la cotisation du lieu et en offrant des bons sur l’achat des matériaux nécessaires).

L’association Réseau Français des FabLabs :

L’association Réseau Français des FabLabs (RFFLabs) compte 50 FabLabs membres, pour 200 à 250 lieux en France métropolitaine, et plus de 2 000 dans le monde. Le nombre d’adhérents est en croissance et l’association a pour vocation de représenter l’ensemble des Fablabs présents sur le territoire national. 2018 sera l’année des FabLabs en France, avec l’accueil de l’évènement Fab14 du 12 au 20 juillet 2018.

Cet événement est la réunion mondiale annuelle des FabLabs. Il sera pour la première fois articulé en trois manifestations, le FabCity Summit (réunion de plusieurs villes qui se sont engagées à mener une démarche de transformation urbaine autour des thèmes du Fablab, de la production locale et de l’économie sociale et solidaire) les 12 et 13 juillet, à Paris ; le Fab14 Distribué les 14 et 15 juillet, dans toute la France, qui permet aux Fablabs de province d’être associés à ces manifestations d’envergure internationale et de profiter de leur médiatisation ; et l’évènement cœur Fab14, du 16 au 20 juillet, à Toulouse.

Le format inédit de cet événement, adopté par la FabFoundation suite à la proposition du Réseau Français des Fablabs et de ses partenaires, démontre l’intégration et la capacité d’action collective de la communauté des Fablabs en France, leur solidarité et leur volonté de faire œuvre commune, tout en faisant profiter l’ensemble des acteurs locaux de cette dynamique.