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Réaction à l’incendie de la Casemate, FabLab à Grenoble

Dans la nuit du 20 au 21 novembre 2017, vers deux heures du matin, le FabLab de la Casemate (le Centre de Culture Scientifique Technique et Industrielle — CCSTI) de Grenoble a brûlé, incendié par un groupe d’individus se réclamant de l’anarchisme, et disant lutter contre ce qu’on pourrait appeler le “numérique capitaliste”.

Nous condamnons cet acte de vandalisme volontaire, qui a détruit non seulement du matériel mais aussi des réalisations uniques, inestimables, émanant d’une communauté touchée en plein cœur. Un fablab c’est un lieu, mais aussi des gens. Les deux étant étroitement liés, les dégâts vont au-delà des simples dommages matériels.

Nous pensons aussi que construire est plus efficace que détruire. Construire en vrai et construire dans les esprits, par soi-même, avec les autres. Un fablab permet cette construction, espace qui représente plus que des machines et de la technique apparente.

Mais outre le drame humain qu’est cet incendie volontaire pour la communauté de ce lieu, il y a selon nous deux enseignements à tirer de cet événement.

Premièrement, nous devons continuer à expliquer ce que sont les FabLabs, leurs fonctionnements, leurs missions, leurs valeurs et, en l’espèce, le fait que nous ne sommes pas des lieux de “numérique capitaliste” triomphant, mais bien des espaces de bricole et de bidouille, avec l’aide du numérique certes, mais dans le but de produire des objets concrets. Nous sommes surtout des lieux de création de liens, de relations, tendus vers l’effusion de nouvelles idées, de nouvelles connaissances et de nouvelles potentialités. Dans un FabLab, on ne consomme pas du numérique, mais on produit son propre savoir, on apprend à faire soi-même, avec l’aide des autres. Et surtout, on partage ce savoir avec ses pairs, en vis-à-vis comme en ligne.

Deuxièmement, cet incendie est un indicateur malheureux, mais un indicateur, du fait que l’objet politique FabLab (dans le sens de la gestion de la cité, du choix par le citoyen de ce qu’il fait et met au service de ses concitoyens) continue sa progression au sein de la société, même si son identification reste approximative. Cela souligne que nous devons plus que jamais continuer de faire œuvre de pédagogie auprès de tous nos interlocuteurs : usagers de FabLabs, acteurs politiques et économiques ou encore monde de l’éducation, de la recherche ou de la formation. L’ensemble de la société est concerné.

Aujourd’hui, l’urgence est de relancer la Casemate. Son équipe a lancé un appel aux dons pour pouvoir mettre en place un FabLab temporaire en attendant que leur assurance prenne le relais, et que les travaux de réhabilitation soient achevés.

La réaction de la communauté française et internationale a été à la hauteur de la gravité de cet événement. Nous sommes fiers d’appartenir à ce mouvement.

Tout notre soutien aux usagers et personnels de la Casemate.

NB. : il est amusant de voir que l’un des projets développés à la Casemate est un bouclier de manifestation destiné aux opérations de désobéissance civile, dont les auteurs de l’incendie pourraient avoir l’usage un jour.

NB. : il s’agirait du premier cas dans le monde de destruction d’un FabLab en temps de paix, après la destruction d’un FabLab en Ukraine du fait de la guerre du Donbass.